Je suis en colère parce que l'accident de Tchernobyl n'a pas servi de leçon. Et que l'on continue à entendre et lire les mêmes mensonges sur le nucléaire dans les médias.
Je suis en colère quand j'entends à la radio, un haut responsable du nucléaire français nous dire qu'on ne peut remettre en cause le nucléaire : "personne n'a envie de revenir à la bougie". Que je sache, dans les pays européens qui n'ont pas de centrales nucléaires (Autriche, Danemark, Grèce, Irlande, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Portugal…), y-en-t-il où l'on s'éclaire à la bougie ? Il n'y a que 441 réacteurs nucléaires dans le monde (dont 58 en France, 55 au Japon)… dans seulement 31 pays, tous les autres pays s'en passent.
Je suis en colère quand en 1979, après l'accident nucléaire de Three-Mile Island, on nous a dit que c'était parce que les Américains étaient moins forts que nous ; quand en 1986, après l'accident de Tchernobyl, on nous a dit que les Russes étaient moins fort que nous… et que je lis aujourd'hui que les Japonais sont moins forts que nous… De qui se moque-t-on ?
Je suis en colère quand on me dit que l'on peut continuer à exploiter encore des vieux réacteurs comme Fessenheim en Alsace (qui a trente ans) parce que "plus il est vieux, mieux on connait un réacteur". Ce n'est pas parce que vous connaissez bien les défauts de votre vieille voiture qu'elle tombe moins souvent en panne et moins gravement. (Le réacteur Fukushima-Daiichi 1, qui vient d'exploser avait 40 ans et a été autorisé à continuer de fonction ner pour dix ans en février 2011 !).
Je suis en colère quand on nous dit que l'on ne peut se passer du nucléaire en France, parce que cette énergie fournit près de 80 % de notre électricité. C'est oublier que l'électricité n'est pas la principale source d'énergie (c'est le pétrole) et que le nucléaire ne représente que 17 % de notre énergie. Si l'on voulait s'arrêter, on pourrait s'appuyer sur une solidarité au niveau de l'Europe : là, le nucléaire ne représente que 35 % de l'électricité et seulement 9 % de l'énergie ! Il suffirait donc d'économiser 9 % pour s'en passer !
Je suis en colère parce qu'au nom de la défense de la croissance économique, les programmes énergétiques français ou européens, négligent toujours plus ou moins le potentiel des économies d'énergies, préférant la surconsommation, éventuellement alimentée par le recours aux énergies renouvelables. Or l'énergie la plus propre reste celle que l'on ne consomme pas. En adoptant les meilleures techniques disponibles et en évitant les comportements énergivores, nous pourrions diviser par 4 notre consommation en une vingtaine d'années.
Je suis en colère parce que les discours économiques nous polluent : on nous dit qu'arrêter un réacteur nucléaire, ce serait de l'argent gaspillé… mais les 1000 milliards d'euros déjà dépensé en 25 ans pour la gestion de la catastrophe de Tchernobyl (et c'est loin d'être terminé), ce n'est pas un gaspillage encore plus grand ? Mille milliards d'euros, c'est sensiblement le coût qu'il a fallut dépenser pour const ruire l'ensemble des 441 réacteurs actuellement en fonctionnement.
Je suis en colère parce que je sais que l'on peut arrêter relativement rapidement le programme nucléaire français, qu'il existe de multiples scénarios de sortie sur le sujet (de 2 à 30 ans selon les efforts qu'on veut bien consentir).
Je suis en colère quand j'entends mon gendre, 25 ans, ingénieur dans le photovoltaïque, me dire qu'il cherche un nouveau travail car la profession est sinistrée suite aux récentes décisions du gouvernement.
Je suis en colère quand mon fils, 20 ans, me dit : "à quoi ça sert de faire des études si dans cinq ans on a tous un cancer" (et il ne pense pas qu'au nucléaire, mais aussi à la pollution atmosphérique, aux pesticides…).
Alors j'agis, je me suis investi depuis une trentaine d'années dans les médias écologistes pour faire circuler une information moins déloyale et j'incite les journalistes et les lecteurs à prendre le temps d'eux aussi chercher où est la vérité. Comment peut-on encore minorer l'importance de la pollution radioactive au Japon alors que les images sur internet nous montrent les réacteurs en flamme ?
Alors j'agis et je m'engage dans l'une des 875 associations qui animent le Réseau Sortir du nucléaire pour demander à nos élus de faire pression pour un changement de politique dans le domaine de l'énergie. (www.sortirdunucleaire.org)
Alors j'agis au niveau local en rejoignant les nombreux groupes locaux qui travaillent à des plans de descente énergétique qui nous permettront de diminuer la menace nucléaire, mais aussi notre dépendance à un pétrole qui va être de plus en plus rare. (www.transitionfrance.fr)
Alors j'agis car aujourd'hui si le lobby nucléaire arrive à manipuler élus et médias, c'est parce que nous ne nous indignons pas assez !
Michel Bernard
Journaliste à la revue Silence
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mercredi 16 mars 2011
dimanche 6 mars 2011
jeudi 11 novembre 2010
Notre-Dame-des-Landes, toujours de la propagande…
Les lecteurs d’Ouest France et tous les autres habitants du département ont reçu la semaine écoulée dans leur boîte aux lettres le magazine du conseil général en faveur de l’aéroport du Grand Ouest. Cette propagande comporte nombre d’approximations et de mensonges.
Le titre « un engagement pour l’avenir » est contredit dès les premières lignes de la page 14 où l’on nous parle d’un vieux projet « porté depuis 40 ans par les collectivités locales ». Si un projet des années 1960 avait eu un véritable intérêt, il y a longtemps qu’il aurait été fait.
Le deuxième argument (p.14) évoque la saturation à 4 millions de passagers de l’actuel aéroport. Ceci n’a pas de sens, un aéroport ne sature pas en fonction d’un nombre de passagers mais en fonction du nombre de mouvements d’avion qui est resté stable ces dernières années.
Les propos de la p.17 sont contradictoires et exagérés. On évoque les lignes internationales de Nantes atlantique. Premièrement elles ne le sont pas vraiment, elles sont seulement méditerranéennes (Grèce, Tunisie, Maroc et… Corse). On veut nous faire croire que cela va faire venir des touristes dans l’Ouest donc de l’activité économique. C’est tout le contraire, ce sont des destinations vers les clubs de vacances qui font que les touristes de l’ouest vont chercher ailleurs le soleil et dépenser leurs économies.
Mais l’argument le plus invraisemblable est à la page 21, c’est celui d’un avocat nantais qui dit « On n’ira pas en Asie en bicyclette ». Il ne faut pas rêver, il n’y aura jamais de lignes aériennes Nantes-Shanghai ou Nantes-Tokyo. Pour aller en Asie même avec Notre-dame-des-Landes, il faudra toujours passer par Paris. Preuve en est la fermeture de la ligne Lyon New York qui a tenu un an de juillet 2008 à août 2009 faute de clients nord américains voulant se rendre dans la capitale des Gaules…
mardi 2 novembre 2010
L'économie après la mondialisation heureuse
source :
http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/10/29/l-economie-apres-la-mondialisation-heureuse_1432926_3232.html
Stéphane Madaule, essayiste, maître de conférences à Sciences Po Paris
Comment expliquer la crise du système capitaliste et l'impossibilité présente des Etats ou du G20 à reprendre la situation en main ? Depuis 1980, la conjoncture internationale, à mesure qu'elle se globalise, semble devenir de plus en plus insaisissable. Pratiquement aucun économiste n'avait prévu la dépression de l'été 2008 ou n'est simplement en mesure de prédire la conjoncture à moins de trois mois.
En fait, cette propagation rapide de la crise financière à la sphère économique n'est-elle pas due au processus de globalisation lui-même ? L'interdépendance recherchée et souhaitée entre la finance et l'ensemble de l'économie mondiale est aujourd'hui effective. En période de croissance forte, cette interdépendance est potentiellement porteuse de profits. Sans régulation, les inconvénients de ce modèle sont néanmoins nombreux : explosion des inégalités, consommation rapide des ressources naturelles, écart grandissant entre zones de production et zones de consommation aboutissant à une économie de flux.
Or, aujourd'hui, les marchés auxquels nous avons confié notre avenir ne semblent plus en capacité d'assurer un bien-être collectif. La mondialisation "heureuse" n'existe plus. Elle n'est plus au bénéfice de tous mais seulement de quelques-uns. Sait-on que le commerce intra-firme représente, selon les experts, de un tiers à la moitié du commerce mondial aboutissant à produire à bas coûts ce que l'on peut vendre avec des marges élevées dans les pays développés ? La globalisation favorise l'expansion de certaines zones économiques - les pays émergents - au détriment de l'activité dans les pays développés et, dans une large partie, du monde en développement.
Les grands opérateurs internationaux - firmes multinationales, spéculateurs et financiers - profitent de ce système, de cette distanciation entre zones de production et zones de consommation. Ils ont avantage à acheter à bas coûts dans les pays émergents et à vendre à prix élevés dans les pays développés. Une économie de flux s'est mise en place où chaque opérateur entend prélever sa dîme.
Mais alors, comment réagir dans une telle conjoncture ? Comment retrouver un équilibre dans la répartition des richesses produites ? Est-il possible de réguler à nouveau l'économie mondiale en la mettant au service du développement humain de tous ? Tout retour en arrière est-il définitivement impossible ? Face à la crise de l'été 2008, les Etats ont tenté courageusement d'intervenir - stabilisation de la crise par la dépense publique - et les G20 de Washington et de Londres ont proposé de fixer de nouvelles règles - liste noire des paradis fiscaux, gouvernance des marchés financiers, dotation supplémentaire pour le Fonds monétaire international et la Banque mondiale pour aider les pays en difficulté.
Toutefois, ces tentatives de reprise en main semblent avoir fait long feu. Les déficits des Etats se sont creusés et les marchés n'ont pas tardé à "doucher" cet interventionnisme jugé excessif et laxiste dont ils avaient été les premiers bénéficiaires. Via la dette souveraine qu'ils financent, les marchés imposent à nouveau la rigueur de peur de voir leurs créances souveraines se dévaloriser. Via le dogme intangible de la liberté pleine et entière du commerce international, ils bloquent toute velléité de régulation globale, immédiatement assimilée à du protectionnisme - la bête immonde - qui risquerait de limiter les flux. La main invisible doit rester insaisissable.
Pour redonner un minimum de perspective aux générations futures, il faudrait s'accorder sur la mise en place d'un autre système économique, social et écologique où l'homme reprenne en main les manettes de son avenir, où la puissance publique ait à nouveau le droit d'intervenir en matière économique face au diktat des opérateurs économiques. Il faudrait surtout que les Etats, un à un, ou pris collectivement dans le cadre du G20, aient le courage de fixer de nouvelles règles économiques en se donnant les moyens de les faire respecter. Il faudrait enfin que les zones de production se relocalisent en partie à proximité des bassins de populations afin que l'économie se mette à nouveau au service de la satisfaction des besoins locaux.
Le pilotage automatique de l'économie mondiale par les marchés n'est plus la solution, nous le savons. Il nous a conduits collectivement dans le mur. La loi des avantages comparatifs imaginée par l'économiste anglais David Ricardo (1772-1823) - tous les pays peuvent tirer avantage d'un commerce international ouvert - s'efface en faveur de la loi des avantages absolus qui privatise l'accumulation de richesses au profit des plus forts. Ne laissons pas de funestes augures nous faire croire qu'il conviendrait d'en faire encore un peu plus en matière de libéralisation. Cessons d'être dogmatiques et ayons le courage de regarder la réalité en face.
Les démocraties doivent à nouveau faire entendre leurs voix en se donnant les moyens de saisir effectivement la main invisible du marché qui nous gouverne actuellement. Telle devrait être, en 2011, l'ambition de la présidence française du G20.
Stéphane Madaule, essayiste, maître de conférences à Sciences Po Paris
la grande régression sur mediapart
source : http://www.mediapart.fr/club/blog/marie-anne-kraft/011110/la-grande-regression-jacques-genereux-decryptage-1ere-partie

« La Grande Régression » (Jacques Généreux) : décryptage (1ère partie)
01 Novembre 2010 Par Marie-Anne Kraft
Enfin un livre traitant globalement du modèle de société et même de notre civilisation !
Par cet essai remarquablement argumenté et documenté, sous une rétrospective historique ainsi que le récent éclairage de la dernière crise financière devenue économique, Jacques Généreux dresse un constat implacable sur les dérives et la perversité du système capitaliste néolibéral dans la mondialisation, un système destructeur tant socialement que sur le plan écologique, voire de l’espèce humaine. Il explique en quoi de manière systémique, structurelle, la logique de ce système, basée sur le « pouvoir du capital » inscrit dans un contexte de libre-échange généralisé au niveau mondial, où règne la loi du plus fort à la recherche du profit à court terme, finalement la course au moins-disant fiscal, social, environnemental, nous entraîne inéluctablement vers plus d’inégalités, de misère sociale, de destruction de l’environnement, de délitement du lien social, pour le plus grand malheur de tous, … et au profit d’une minorité dominatrice.
Ce modèle économique dominant, marqueur de la civilisation occidentale qui s’est imposé aux Etats-Unis puis à l’Europe, au monde, et qui est maintenant adopté aussi par les pays émergents, notamment par la Chine, a pris son essor dans les années 1980 aux Etats-Unis et en Grande Bretagne avec les conservateurs néolibéraux (ère Reagan/Thatcher) et s’est particulièrement imposé suite à la chute du mur de Berlin (1989) et de l’URSS, renforcé encore par les gouvernements démocrates et travaillistes (Clinton/Blair et même en France avec des gouvernements socialistes, avec D.Strauss-Kahn et Laurent Fabius notamment) qui ont poursuivi les politiques de dérégulation financière, de privatisation, de libre circulation des capitaux dans la mondialisation, de mise en place des stock-options défiscalisés ...
Le système capitaliste, qui devait après la seconde guerre mondiale et pendant les trente glorieuses s’adapter à la société, à ses contraintes
sociales et à son modèle républicain basé notamment en France sur un socle de services publics et de protection sociale, a opéré alors un renversement dans le modèle, devenant dominant et décidant désormais d’adapter les exigences sociales et l’intérêt général aux marchés, acceptant finalement que l’intérêt général soit asservi à la libre compétition des intérêts privés, érigée en dogme. Et alors, tout s’est accéléré, généralisé, selon un processus paraissant irréversible.
Jacques Généreux bat en brèche quelques fausses idées martelées par les défenseurs de ce modèle et même par ceux qui le déplorent mais se sentent obligés d’y souscrire, capitulant devant leurs arguments, notamment :
1- Les Etats sont devenus impuissants face à la mondialisation, aux délocalisations. L’économie l’emporte sur le politique;
2- Toute politique fiscalement défavorable aux riches ou trop régulatrice va faire fuir les riches du pays ainsi que leurs investissements dans nos entreprises, donc nos emplois.
Sur le premier, il oppose trois contre arguments, auxquels j’ajoute moi-même du sel :
- Les Etats, loin d’être impuissants, ont eux-mêmes favorisé ce système, en faisant voter les lois qui ont permis la généralisation de la dérégulation financière, de la primauté de la concurrence sans barrière, au mépris du dumping social et écologique des pays émergents. Les organismes internationaux comme l’OMC et le FMI, ainsi que la Commission européenne, ont œuvré dans ce sens avec le consensus des Etats dominants.
- La puissance publique n’est pas en elle-même mise en cause, mais plutôt la privatisation de la puissance publique, sa mise au service d’intérêts privés, qui se sont immiscés dans les intérêts de l’Etat, puissances financières qui disposent d’un pouvoir médiatique et donc jouent sur l’opinion publique, manipulent les esprits et orientent les politiques, tout en étant pour certaines « en affaires » avec l’Etat.
- L’Etat, censé représenter les citoyens et défendre l’intérêt général, manque à sa fonction en trompant les citoyens. Les gouvernements ont mis en œuvre des dispositions que les citoyens n’ont jamais souhaitées où pour lesquelles ils n’ont pas été consultés. Pire, ils sont consultés et le gouvernement fait l’inverse (non au référendum sur l’Europe en 2005 puis vote par le Parlement sans consultation citoyenne du traité de Lisbonne). Les citoyens, dupés, découragés, désertent de plus en plus les urnes, démobilisés …
Sur le second, la menace de fuite des riches investisseurs vers d’autres paradis (à laquelle j’ajoute également les miens) :
- ce n’est pas parce que l’investisseur ne réside plus en France que ses investissements sortent des entreprises françaises. La France reste un pays attractif pour les capitaux étrangers (elle oscille entre la deuxième et la quatrième place mondiale dans les destinations préférées par les investisseurs, comme rappelé page 96). Seule change la fiscalité appliquée au ressortissant, en fonction de son pays de résidence. Alors oui, la France pourrait avoir à renoncer à des impôts payés par les riches sur leurs revenus si ces derniers partent … Mais partiront-ils vraiment ? La vie en France les retient souvent aussi pour leur famille, leur cadre de vie, leur région etc.
- si les riches partent, voire même une partie de leurs investissements, qui seront remplacés par d’autres, rien ne dit que les emplois partiront aussi. Ces derniers dépendent de la localisation de la production, qui elle-même est conditionnée par la concurrence étrangère notamment sur le coût de main d’œuvre locale, mais ne sont pas fonction du pays de résidence de l’actionnaire …
- de plus il est maintenant prouvé, mis au grand jour notamment par l’affaire Bettencourt, que la France est finalement déjà un paradis fiscal pour les riches : en logeant leurs revenus mobiliers (dividendes sur actions) dans une holding quasiment non imposée sur les bénéfices (1,6% tout au plus), ils ne sont imposés que sur leurs dépenses, ce que cette société leurs verse pour vivre et payer l’entretien de leur patrimoine. Ainsi, Liliane Bettencourt ne paie que 9% de ses revenus réels, grâce à ce dispositif, doublé du bouclier fiscal, malgré l’ISF qui du coup plafonne. On découvre que la fiscalité française est plus avantageuse que la fiscalité suisse !
Sur ces points, mon diagnostic converge avec celui de Jacques Généreux. Cependant, alors que lui dénonce la perversité intrinsèque du système « capitaliste », du pouvoir exorbitant du capital, des détenteurs de capitaux, les riches capitalistes érigés en une caste dominante, je serais plus nuancée en discernant les points suivants :
1- ce n’est pas le mode de fonctionnement qui est en soi à critiquer, ni tous les « détenteurs de capitaux », mais à mon avis un certain fonctionnement dévoyé du capitalisme qui est le « capitalisme financier », déconnecté de l’économie réelle, poursuivant uniquement la maximisation du profit à court terme au détriment de l’utilité sociale ou de la durabilité de l’entreprise.
2- C’est aussi le culte de l’argent, du profit, érigé en priorité et même en valeur de reconnaissance sociale, de symbole du pouvoir et de la réussite, qui est une « maladie sociale ». Si les hommes s’intéressaient moins à l’argent et aux valeurs matérielles, elles mêmes sans cesse valorisées par les médias, les jeux télévisés etc., pour se tourner vers d’autres valeurs plus spirituelles, plus humaines, le moteur du modèle serait différent. Or ceci est une question d’éducation, de responsabilité et de conscience citoyenne, individuelle, personnelle, ainsi que de politique sociale culturelle et éducative.
3- Il faut aussi s’intéresser aux détenteurs de capitaux : qui sont-ils et quelles sont leurs motivations ? Ce ne sont pas en majorité des grandes fortunes ni même des « capitalistes » (qui cherchent à dominer par leur pouvoir sur le capital), mais, pour les sociétés cotées, des fonds de pension, des investisseurs institutionnels, qui placent des primes d’assurance, les économies des épargnants, souvent de classes moyennes, qui défendent leurs intérêts en réclamant certes des rentabilités les plus élevées possibles ou en tout cas le meilleur rapport rentabilité/risque/liquidité de leur capital, face à cette concurrence. Parfois, les détenteurs de capitaux sont les clients de l’entreprise (mutuelles d’assurances ou bancaires) ou les salariés/producteurs (coopératives), et pour les TPE ou PME non cotées les créateurs d’entreprises, les entrepreneurs. Dans ce cas les intérêts des clients, des salariés, de l’entrepreneur ou du producteur sont pris en compte dans les décisions de l’actionnaire puisqu’ils sont partie prenante. Signalons notamment que le système bancaire et d’assurance français est très fortement mutualisé et pourtant, les investisseurs institutionnels et les banques sont très critiqués dans leur comportement profiteur et prédateur. Par exemple, le Crédit Agricole est à la base un réseau mutualiste de Caisses locales regroupées en Caisses régionales partageant des services communs et investissant dans des filiales communes de services spécialisés, dont des services de banque d’investissement et de marché (CA-CIB), de même que BPCE (Fusion des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires qui ont une filiale commune, Natixis, spécialisée dans les marchés). Ces groupes ont monté une structure capitalistique qui garantit plus de 50% du capital et la majorité de vote aux actionnaires principaux, aux caisses locales, elles-mêmes détenues par les clients, et ont en même temps utilisé la bourse, au travers un véhicule coté, pour lever des fonds d’investisseurs sur les marchés afin d’accompagner leur croissance avec un effet de levier. On peut constater que malgré la structure garantissant une représentation des actionnaires initiaux, eux-mêmes représentant les clients, les décisions prises ont favorisé le développement d’activités risquées et même spéculatives, occasionnant des pertes importantes lors de la dernière crise, sans doute plus par inconscience des risques pris.
4- La détention du capital par l’Etat, par des acteurs publics, ne garantit pas forcément une défense de l’intérêt public, notamment si l’Etat est dirigé par une oligarchie elle-même compromise avec des intérêts privés ou des intérêts politiques électoraux, elle peut conduire à la même gabegie, comme on l’a vu avec le scandale du Crédit Lyonnais, utilisé comme un outil de banque industrie par un gouvernement socialiste, qui sous pression d’élus locaux ou d’autres intérêts privés (Bernard Tapie par exemple, ou MGM,…) a accordé de multiples prêts ou fait de multiples investissements qui se sont avérés pourris. Au final c’est le contribuable qui paie les frais de ces mauvaises décisions.
De plus, alors que l’auteur s’oppose au traité de constitution européenne au motif qu’il favorise cette dé régularisation et cette libre concurrence dans la mondialisation, je dirais qu’il faut distinguer d’une part le traité constitutionnel sur le mode de fonctionnement et de gouvernance permettant d’assurer une meilleure démocratie, de meilleurs processus décisionnels à 27 pays, d’autre part le contenu de la politique européenne, de sa politique commerciale communautaire et à ses frontières. Malheureusement une certaine ambiguïté demeurait sans doute dans ce traité …J’étais favorable au traité pour régler le premier point, sans lequel il est impossible de conduire une politique d’harmonisation fiscale et sociale, un véritable gouvernement économique. L’Europe évolue et les pays européens tirent des leçons de ces crises et des effets pervers de la mondialisation. Le renforcement de l’Europe doit être un outil pour orienter la mondialisation, améliorer la régulation, établir un « protectionnisme raisonné et équitable » aux frontières en imposant aux pays importateurs des normes sociales et environnementales, en taxant ceux qui ne respectent pas un niveau minimum. Ce n’est donc pas à mon avis parce que la Commission européenne a jusqu’ici érigé la libre concurrence en dogme aveugle qu’il faut se détourner de l’Europe, bien au contraire ! Il faut la renforcer en la réorientant vers plus de coopération et de défense des intérêts généraux, des biens publics, vers plus de justice. Dans la mondialisation, l’Union fait la force.
Après nous avoir livré un diagnostic et une critique implacable du modèle économique et social basé sur le capitalisme néolibéral et une pseudo démocratie où les gouvernements se paient la tête des citoyens, Jacques Généreux propose de suivre quatre axes de réforme (page 131) :
1- Abolir le pouvoir exorbitant des gestionnaires de capitaux et partager le pouvoir entre tous les acteurs de la production (détenteurs de capitaux +entrepreneur +salariés +collectivités locales) ;
=> plus facile à dire qu’à faire. Ne vaut-il mieux pas inciter les entreprises à évoluer vers des structures plus coopératives et mutualistes, en incluant les clients, les consommateurs des produits ou services dispensés, tout en garantissant la représentativité syndicale des salariés et une gouvernance d’entreprise transparente et démocratique, avec une incitation réglementaire et fiscale ?
=> plus facile à dire qu’à faire. Ne vaut-il mieux pas inciter les entreprises à évoluer vers des structures plus coopératives et mutualistes, en incluant les clients, les consommateurs des produits ou services dispensés, tout en garantissant la représentativité syndicale des salariés et une gouvernance d’entreprise transparente et démocratique, avec une incitation réglementaire et fiscale ?
2- Eriger le financement de l’économie en bien public réglementé, produit ou encadré par des institutions financières publiques ;
=> la détention publique du capital n’est pas une garantie, que ce soit pour une entreprise ou pour une banque, comme le montre le scandale du Crédit Lyonnais ou le cas de la Chine avec ses SOE (State Owned Enterprises). Je suis plutôt favorable aux structures mutualistes, avec interdiction de l’activité pour compte propre (trading spéculatif) sans pour autant interdire de faire des opérations de marchés pour compte de clientèle, au service de leur économie réelle, si possible en utilisant les marchés organisés prémunissant du risque de contrepartie, ou en séparant capitalistiquement les activités bancaires commerciales de dépôts/crédits à la clientèle d’un côté et les activités de marchés et d’investissement de l’autre.
=> la détention publique du capital n’est pas une garantie, que ce soit pour une entreprise ou pour une banque, comme le montre le scandale du Crédit Lyonnais ou le cas de la Chine avec ses SOE (State Owned Enterprises). Je suis plutôt favorable aux structures mutualistes, avec interdiction de l’activité pour compte propre (trading spéculatif) sans pour autant interdire de faire des opérations de marchés pour compte de clientèle, au service de leur économie réelle, si possible en utilisant les marchés organisés prémunissant du risque de contrepartie, ou en séparant capitalistiquement les activités bancaires commerciales de dépôts/crédits à la clientèle d’un côté et les activités de marchés et d’investissement de l’autre.
3- Adopter une politique de revenus réduisant fortement les inégalités et autorisant chaque citoyen à vivre décemment de son travail ;
=> Oui, mettons des bornes aux écarts de salaires et une répartition équitable des gains de productivité, des profits, entre les partenaires de la production. Mais si on a fait évoluer la gouvernance de l’entreprise avec un partage du pouvoir, les actionnaires majoritaires étant les acteurs de production, cette décision relève d’eux-mêmes.
=> Oui, mettons des bornes aux écarts de salaires et une répartition équitable des gains de productivité, des profits, entre les partenaires de la production. Mais si on a fait évoluer la gouvernance de l’entreprise avec un partage du pouvoir, les actionnaires majoritaires étant les acteurs de production, cette décision relève d’eux-mêmes.
4- Refonder les relations économiques internationales sur la coopération solidaire des peuples au sein d’instances de réglementation des échanges et de stabilisation des taux de change.
=> Oui, mais en renforçant l’Europe, pas contre l’Europe … et en organisant le monde par grandes régions homogènes en termes de niveaux de vie, de protection sociale, de culture, qui devraient s’imposer une autosuffisance alimentaire, une localisation minimum de production agro-alimentaire et énergétique, un partage de l’eau et de certaines ressources vitales de matières premières considérées comme biens publics, un minimum d’échanges intra-communautaire (de l’ordre de 80% comme le préconisait Maurice Allais), et en acceptant au niveau mondial un « protectionnisme raisonné et équitable » entre ces grandes régions, en mettant fin au pillage des ressources de l’Afrique qui ne bénéficie pas aux populations, au rachat massif des terres arables d’Afrique par certains pays qui pratiquent ainsi une nouvelle forme de colonisation en en chassant les populations indigènes, en créant une monnaie mondiale alternative au dollar, qui pourrait fonctionner sur le modèle de l’ancien ECU (panier de monnaie) et servant de monnaie d’échange et de réserve,…
=> Oui, mais en renforçant l’Europe, pas contre l’Europe … et en organisant le monde par grandes régions homogènes en termes de niveaux de vie, de protection sociale, de culture, qui devraient s’imposer une autosuffisance alimentaire, une localisation minimum de production agro-alimentaire et énergétique, un partage de l’eau et de certaines ressources vitales de matières premières considérées comme biens publics, un minimum d’échanges intra-communautaire (de l’ordre de 80% comme le préconisait Maurice Allais), et en acceptant au niveau mondial un « protectionnisme raisonné et équitable » entre ces grandes régions, en mettant fin au pillage des ressources de l’Afrique qui ne bénéficie pas aux populations, au rachat massif des terres arables d’Afrique par certains pays qui pratiquent ainsi une nouvelle forme de colonisation en en chassant les populations indigènes, en créant une monnaie mondiale alternative au dollar, qui pourrait fonctionner sur le modèle de l’ancien ECU (panier de monnaie) et servant de monnaie d’échange et de réserve,…
Jacques Généreux semble aussi croire que cette domination du monde, de l’économie et des Etats, est volontairement organisée, orchestrée, par quelques puissances financières, par une minorité de capitalistes fortunés et désireux de poursuivre et d’étendre leur pouvoir vampire et prédateur sur le dos de la misère humaine. Je ne crois pas pour ma part à une théorie du complot, de domination par un rapport de force volontairement destructeur. De plus, ce sentiment incite à se faire justicier en provoquant des réactions violentes, en invitant à stigmatiser certaines professions, à couper des têtes, à brûler les banquiers comme on brûlait les sorcières, …Comme dans le cas des conflits d’intérêts, qui mettent en situation de générer une prise illégale d’intérêt, un système complètement dérégulé dans la mondialisation, avec de surcroît persistance des paradis fiscaux, érigeant la recherche du profit avant tout sous faible exigence sociale, laisse forcément la porte ouverte à des dérives, au moins disant fiscal et social, sans que ce résultat ait forcément été voulu par les acteurs qui en ont profité. Je pense que la réinstauration dans le système d’un pacte social et républicain comme il y a eu après guerre en France, en Europe, aux Etats-Unis, de normes communes sociales et environnementales, de forte régulation financière, de limitation de la spéculation et d’interdiction des paradis fiscaux, d’encadrement très strict des hedge funds, de mise en commun de certains biens publics concernant l’eau, l’énergie et de certaines ressources en matières premières, sont plutôt la solution. Tout en reprenant le problème sur le plan des valeurs, par l’éducation, le dialogue, le débat citoyen, l’éveil de la population au civisme, à la conscience et à la responsabilité citoyenne. Privilégier la relation humaine et le progrès humain (comme le dit d’ailleurs Jacques Généreux) plutôt que l’appât du gain, les valeurs matérielles, d’excès de consommation et d’apparence, des marques, du look, du vedettariat et du star-system.
mardi 19 octobre 2010
Ouverture des paris en ligne… aérienne
A l’occasion de la coupe du monde de foot-ball en Afrique du Sud l’Etat français a accepté l’ouverture des paris sur Internet en juin dernier. Nos collectivités territoriales ne s’y sont pas trompés elles ont aussitôt décidé elles aussi de se mettre à jouer.
Qu’espèrent-elles gagner ? Le gros lot bien sur : un aéroport de taille internationale. Elles semblent très confiantes car elles ont misé gros. : 115,5 millions d'Euros, à savoir 35% pour la région Pays de la Loire , 25% pour la région Bretagne, 20% pour le département de Loire-Atlantique, 15,5 % pour Nantes métropole et le reste pour St-Nazaire. Si vous habitez Nantes agglomération vous avez d’ores et déjà gagné le gros lot vous aussi, via vos impôts qui serviront à rembourser la mise de départ. Mais vous avez des chances supplémentaires de gagner encore plus car ce genre d’infrastructures est rarement rentable, et qui vient combler les déficits … les collectivités territoriales…
Ce pari est-il risqué ? On peut en être quasi certain. Ce pari repose sur la combinaison de nombreux facteurs. Le premier est la croissance du trafic aérien, les perspectives sérieuses montrent plutôt une stabilisation.. Le deuxième sur le choix des compagnies aériennes pour Notre-Dame-des-Landes, pas d’autre hub que Roissy a signifié Air France et des compagnies low cost qui fuiront vraisemblablement cette infrastructure compte tenu des taxes aéroportuaires. Le troisième est le coût du projet (évalué à 560 millions d'euros) qui est sous évalué, là encore il faudra faire appel à la générosité du con-tribuable. Le quatrième est l’ouverture hypothétique de lignes internationales (Lyon New York a tenu un an de juillet 2008 à août 2009 faute de clients nord américains voulant se rendre dans la capitale des Gaules…
Comme le dit si bien la Française des Jeux 100% des gagnants ont tenté leur chance, mais 100% des perdants aussi. Ces perdants ce sont les citoyens mais surtout le pari serait trop risqué de demander leur avis. Si on était en démocratie cela se saurait.
Pourquoi le gouvernement va tomber
En trois ans de gouvernance compulsive, tous les ferments d’une révolte profonde ont été jetés. Revenons sur quelques temps forts de ces trois dernières années, qui illustrent comment, à chaque fois, le pouvoir politique a été mis au service de ceux qui le détiennent et non au service du peuple, renforçant petit à petit un sentiment d’injustice qui prend aujourd’hui sa véritable ampleur. Les langues se délient, la prise de conscience est collective. La chute du gouvernement est proche.
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